La mobilité quotidienne en milieu urbain en Afrique subsaharienne

Version 2

    Comment se déplace-t-on au quotidien dans les villes d’Afrique subsaharienne?

     

     

     

    Les formes de mobilité ne sont pas uniformes en Afrique, les études et enquêtes dans les grandes villes mettent en évidence des mobilités très diverses selon les localités et les individus. Toutefois, des usages des modes originaux se développent, objets d’adaptations et d’innovations permanentes aussi bien du côté de l’offre que de la demande de déplacements.

     

    Comprendre le phénomène social que constitue la mobilité quotidienne demande de dépasser les contradictions apparentes et d’aller au-delà de l’observation des flux de déplacements.

    Les villes se caractérisent par une urbanisation horizontale, dispendieuse en espace avec un parc de véhicules de plus en plus important mais d’un âge avancé, un usage des transports collectifs important et des flux de déplacements spatialement diffus.  La forte densité de mouvements sur les grands axes et sur l’espace public autour des marchés et des zones commerçantes, la cohue  des véhicules de transport en commun aux gares routières laissent entrevoir des déplacements nombreux et de nature variée. Comprendre le phénomène social que constitue la mobilité quotidienne demande de dépasser ces contradictions apparentes et d’aller au-delà de l’observation des flux de déplacements. La mobilité n’est pas seulement une façon d’accéder à des lieux, des activités et des équipements urbains, elle est l’expression de rapports sociaux, d’appartenances, de statuts et de places dans la société, elle contribue à la définition des modes de vie citadins. A ce titre, elle doit être considérée de façon globale et dans ses différentes dimensions, objectives ou symboliques[1]. La mobilité quotidienne renvoie ainsi à des déterminants multiples, socio-économiques, géographiques et culturels.

     

    Pauvreté urbaine et faible taux de motorisation

    On ne pourra pas parler de mobilité sans aborder la question de la pauvreté urbaine qui oblige les citadins à des arbitrages entre des dépenses toutes indispensables, à des adaptations, à des « bricolages » incessants pour joindre les deux bouts. Les villes africaines se caractérisent par de faibles taux de motorisation. Ainsi, la compilation des résultats issus d’enquêtes DHS[2] menées dans 28 pays entre les années 2000 à 2009 met en évidence la faible proportion de ménages urbains équipés de voitures : inférieure à 10 % dans 17 pays et à 25 % dans la totalité, à l’exception de l’Angola (26 %) et de la Namibie (37 %).

     

    La marche  à pied, un mode de déplacement encore prépondérant en milieu urbain

    A côté des autobus et de la voiture particulière, la marche à pied et les deux roues jouent un rôle important dans la mobilité des citadins dans les grandes villes. Ces modes représentent encore une part significative, voire prépondérante des déplacements en milieu urbain[3]Dans l’étude qu’ils ont menée dans les 14 villes africaines, Ajay Kumar et Fanny Barrett (2008) constatent que la part de la marche à pied dans le total des déplacements est de 24 % à Abidjan, 38 % à Dakar, 42 % à Ouagadougou, 53 % à Nairobi et 60 % à Bamako.

     

    Image dégradante du vélo

    A tort ou à raison, le vélo en Afrique subsaharienne est associée à l’image de la pauvreté. Le vélo pâtit d’une image dégradée (pauvreté, ruralité) pour espérer qu’il puisse à brève échéance offrir une alternative crédible. Dès lors et nonobstant quelques exceptions notoires (Ouagadougou, Cotonou, Lomé), le vélo a un avenir tout relatif dans la problématique de la mobilité urbaine dans cette zone. Ouagadougou apparaît relativement atypique. En effet, au Burkina Faso, les modes de transport utilisés par la population sont dominés par la marche et le vélo. Les deux-roues (vélo et moto) restent le mode de transport le plus utilisé avec 58 % de la population de Ouagadougou utilisant des motocyclettes et 20 % des bicyclettes[4].  La diffusion des deux roues n’apparaît pas forcement liée au niveau de développement des pays puisque le développement du « système deux-roues » peut en toute logique compenser la faiblesse locale des opérateurs de transport collectif.

     

    La place de plus en plus prépondérante de la voiture particulière

    Quant à la voiture particulière, sa possession est associée à cette image de modernité et constitue un signe de réussite et de distinction sociale. Ce fait culturel et social est à prendre en considération.

    Bien que marginale dans la répartition modale il y a de cela quelques décennies, la voiture occupe une place importante dans les sociétés urbaines d’Afrique subsaharienne.  Qu’on puisse y accéder ou non, l’automobile apparaît parée de toutes les vertus. Rapide et souple à l’usage, elle est le seul mode qui permette, aux yeux des citadins une bonne accessibilité spatio-temporelle et une sécurité assurée à ses usagers, tout en rendant possibles et confortables les déplacements à plusieurs.

     

    Un usage des modes de transport soumis à de fortes contraintes budgétaires

    Les enquêtes ménages mettent en évidence la tension que fait porter la mobilité quotidienne sur les budgets des ménages. Les déplacements urbains représentent un poste de dépense important (de l’ordre de 15 à 20 % de l’ensemble des revenus du ménage selon les villes), en dépit d’un usage des transports en commun réduit à l’essentiel. Pour autant, le transport n’est pas considéré comme l’une des dépenses prioritaires, les ménages aux revenus limités devant recourir à des stratégies d’adaptation.


      Dr. MEITE Youssouf


    [1] Lourdes Diaz Olvera, Didier Plat, Pascal Pochet et Maïdadi Sahabana, (2012)

    [2] (Demographic and Health Surveys), voir également Macro International Inc., 2010

    [3] Diaz Olvera et al., 2002

    [4] UITP, TRANS-AFRICA 2009, p38